Tu rêves d’ouvrir ton propre salon de coiffure, mais tu n’as pas le fameux BP ? Bonne nouvelle : techniquement, c’est possible. Mauvaise nouvelle : tu ne pourras pas y travailler toi-même. Je t’explique tout ce qu’il faut savoir avant de te lancer, parce qu’autant partir avec les bonnes infos plutôt que de se retrouver dans une galère administrative.
La réponse directe (sans tourner autour du pot)
Oui, tu peux créer une entreprise de coiffure sans diplôme. En France, n’importe qui peut ouvrir un commerce, salon de coiffure inclus. C’est ton droit d’entrepreneur.
Maintenant, le truc important : tu ne pourras absolument pas coiffer toi-même. La loi est claire là-dessus. Pour que ton salon soit légal, quelqu’un de qualifié doit être présent en permanence pendant les heures d’ouverture. Pas juste de temps en temps, vraiment tout le temps.
Concrètement, ça veut dire que tu seras gérant et investisseur, mais pas coiffeur. Tu gères les rendez-vous, la compta, le marketing, l’accueil… mais tu touches pas aux ciseaux. C’est une nuance énorme qui change complètement la nature du projet.
Les diplômes qui permettent vraiment d’ouvrir (et de travailler dans) ton salon
Si tu veux avoir les mains libres dans ton propre salon, il te faut un des quatre diplômes reconnus par l’État. Et non, le CAP seul ne suffit pas, même si c’est le diplôme de base pour devenir coiffeur.
Voici les diplômes qui te donnent le droit d’ouvrir ET de travailler dans ton salon :
Le BP Coiffure (Brevet Professionnel) : c’est le diplôme le plus courant pour ouvrir un salon. Formation de 2 ans après le CAP, accessible dès 16 ans. Tu y apprends les techniques avancées de coiffure mais aussi la gestion d’entreprise, le management et la partie administrative. C’est vraiment le sésame complet.
Le BM Coiffure (Brevet de Maîtrise) : formation de 2 ans accessible après le BP ou avec 5 ans d’expérience pro. C’est le niveau au-dessus, avec encore plus de compétences en gestion et entrepreneuriat. Franchement, c’est le top du top si tu vises un salon haut de gamme.
Le Bac Pro Coiffure : accessible après la 3ème, formation de 3 ans (ou 2 ans si tu as déjà le CAP). Tu sors avec un niveau bac et toutes les compétences pour gérer ton affaire. C’est une bonne option pour les plus jeunes ou pour une reconversion bien structurée.
Le BTS Métiers de la Coiffure : formation de 2 ans après le bac, niveau bac+2. Plus orienté vers la gestion, le marketing et le développement commercial. Parfait si tu veux monter quelque chose d’ambitieux.
Petit détail important : seuls le BP et le BM te permettent d’utiliser certains produits chimiques comme l’acide thioglycolique (qu’on trouve dans les permanentes et certaines colorations). Avec le Bac Pro ou le BTS, tu devras avoir quelqu’un avec le BP dans ton équipe pour ces prestations.
Les solutions concrètes si tu n’as pas de diplôme
Bon, tu n’as pas le diplôme mais tu veux quand même te lancer ? Voici les vraies options qui s’offrent à toi, avec leurs avantages et leurs contraintes.
Embaucher un gérant technique diplômé
C’est la solution classique. Tu embauches un coiffeur qui a le BP (ou équivalent) et qui sera présent en permanence dans le salon. Il assure le « contrôle effectif et permanent » de l’activité, comme dit la loi.
En clair, cette personne doit être là à temps plein pendant les heures d’ouverture. Elle gère l’équipe, supervise les prestations, garantit la qualité du travail. Toi, tu restes le patron sur le papier, mais niveau technique, tu dépends complètement de ce salarié.
Les vrais inconvénients : si ton gérant technique démissionne ou tombe malade longtemps, tu es bloqué. Tu ne peux pas dépanner, tu ne peux pas ouvrir sans lui. Et crois-moi, ça peut vite devenir compliqué niveau crédibilité face aux clients. Difficile de te faire respecter comme patron si tu ne peux pas mettre la main à la pâte.
Côté budget, compte un salaire à temps plein (minimum 1800 à 2000 euros brut par mois pour un coiffeur expérimenté avec le BP) plus les charges. C’est un coût fixe conséquent dès le départ.
Passer le CQP Responsable de salon par la VAE
Le CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) Responsable de salon de coiffure est un diplôme reconnu par le RNCP qui permet d’ouvrir un salon. Tu peux l’obtenir par VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) si tu justifies d’au moins 3 ans d’expérience sur un poste à responsabilité dans un salon.
C’est une super option si tu as déjà bossé dans la coiffure sans avoir le diplôme « officiel ». La VAE te permet de faire reconnaître ton expérience professionnelle. Ça demande de monter un dossier solide, de passer devant un jury, mais c’est faisable.
Tu peux aussi passer le CQP en contrat de professionnalisation ou en formation continue. Renseigne-toi auprès des organismes de formation spécialisés dans la coiffure, ils peuvent t’accompagner.
L’exception du barbier en petite commune
Il existe une exception très spécifique : tu peux exercer la coiffure pour hommes sans diplôme si la coiffure n’est pas ton activité principale et si ton salon se trouve dans une commune de moins de 2000 habitants.
Concrètement, ça veut dire que tu as une autre activité pro (par exemple, tu es épicier, buraliste, ou tu as un autre commerce) et tu proposes la coiffure homme en complément. C’est très encadré et vraiment réservé aux petits villages où il n’y a pas déjà de coiffeur.
Franchement, cette exception concerne très peu de monde. Si ton projet c’est d’ouvrir un vrai salon en ville, oublie cette option.
Ce que ça veut dire vraiment de gérer sans pouvoir coiffer
On va parler cash deux minutes. Ouvrir un salon sans pouvoir y travailler toi-même, c’est pas juste une petite contrainte administrative. C’est un vrai changement de métier.
Tu deviens investisseur et manager, pas coiffeur. Tu passes tes journées à gérer les plannings, la compta, les commandes de produits, le marketing, les relations clients pour les réclamations… Mais tu ne crées rien de tes mains.
La dépendance totale : ton business repose entièrement sur ton salarié diplômé. S’il part, tu fermes. S’il est en arrêt maladie trois mois, tu fermes. Tu n’as aucune autonomie pour dépanner, même en cas de rush ou d’absence imprévue.
La crédibilité : franchement, c’est pas évident de gérer une équipe de coiffeurs quand tu ne peux pas faire le boulot toi-même. Tes salariés peuvent avoir du mal à te respecter professionnellement. Et face aux clients, quand ils demandent conseil, tu ne peux pas vraiment répondre avec expertise.
Le coût : tu dois payer un salaire à temps plein dès le jour 1, même si ton chiffre d’affaires n’est pas encore là. C’est une charge fixe énorme pour un début d’activité.
Si ton rêve c’est vraiment de coiffer, de créer des coupes, de conseiller tes clients… cette solution ne te satisfera pas. Tu seras frustré de ne pas pouvoir exercer ta passion.
Et si tu te formais plutôt ?
Soyons honnêtes : si tu veux vraiment monter ton salon et y travailler en toute liberté, la meilleure option reste de te former. Et c’est beaucoup plus accessible qu’on ne le pense, même en reconversion.
Le BP Coiffure se prépare en 2 ans, mais il existe des formats adaptés aux adultes en reconversion. Certains centres de formation proposent des parcours accélérés, des cours du soir ou des formations en alternance qui te permettent de continuer à travailler à côté.
Tu peux même passer le CAP Coiffure en candidat libre en 6 mois à 1 an si tu bosses sérieusement, puis enchaîner sur le BP. Avec de la motivation, tu peux avoir ton diplôme en moins de 3 ans.
Les avantages d’être diplômé :
- Autonomie totale dans ton salon
- Crédibilité immédiate auprès des clients et de ton équipe
- Pas de dépendance à un salarié clé
- Possibilité de dépanner, de former tes équipes, de tester de nouvelles techniques
- Maîtrise réelle du métier, pas juste de la gestion
Oui, c’est un investissement en temps et en argent. Mais c’est aussi la garantie de partir sur des bases solides. Tu auras les compétences techniques ET entrepreneuriales pour réussir.
Et honnêtement, quand tu vois le nombre de salons qui ferment dans les 3 premières années par manque de compétences en gestion ou en technique, tu te dis que la formation c’est pas du temps perdu, c’est du temps bien investi.
Les risques si tu tentes quand même sans respecter la loi
Je vais pas te faire la morale, mais je dois te dire les choses clairement. Si tu ouvres un salon et que tu coiffes sans diplôme, tu t’exposes à de vrais problèmes.
Les sanctions pénales : exercer la coiffure sans qualification, c’est considéré comme un usage illégal d’un titre attaché à une profession réglementée. Tu risques une amende et même une peine de prison dans les cas les plus graves. C’est pas de la rigolade.
La fermeture administrative : les services de contrôle (Direction départementale de la protection des populations) peuvent faire fermer ton salon sur le champ si tu ne respectes pas les obligations de qualification.
Les problèmes d’assurance : si tu causes un dommage à un client (brûlure chimique, réaction allergique, coupe ratée…) et que tu n’as pas le diplôme requis, ton assurance ne te couvrira pas. Tu seras personnellement responsable, et ça peut coûter très cher.
L’image de ton salon : dans un petit secteur comme la coiffure où tout le monde se connaît, ta réputation va vite se faire si tu travailles illégalement. Les clients fuient les salons « pas en règle », et tu risques de te griller définitivement.
Franchement, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Les risques sont bien trop importants par rapport aux quelques mois ou années que tu « gagnes » en zappant la formation.
Ton rêve est possible, mais autant bien le faire
Voilà, tu as toutes les cartes en main. Ouvrir un salon de coiffure sans diplôme, c’est légalement possible mais avec d’énormes contraintes qui transforment complètement ton projet. Si tu veux vraiment exercer ta passion et avoir les mains libres dans ton salon, la formation reste le meilleur investissement. Quelques années d’études contre des décennies d’autonomie et de liberté professionnelle, le calcul est vite fait. Et puis, autant partir sur de bonnes bases plutôt que de galérer dès le départ avec un modèle bancal.
